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Garde-temps : outils, témoins ou leurres ?


Andrew Reed, The Young Watchmaker 1869

"Je passe tout mon temps à comprendre le temps", Alain Bosquet


Aujourd'hui, je vous propose de laisser de côté (temporairement, rassurez-vous) les montres et leurs caractéristiques techniques. Je vous propose de prendre de la hauteur afin de comprendre l'intérêt de cet objet que nous appelons montre, garde-temps ou bien tocante.


A l'instar d'Alain Bosquet, passons un peu de temps à comprendre le temps et plus particulièrement la relation entre nos montres et cette notion abstraite. En effet, nous pouvons passer beaucoup de temps à chercher une pièce vintage avec une belle patine ou bien un cadran chocolat. Nous pouvons passer des heures à parler entre collectionneurs de sujet aussi légers (en apparence) que les Calibres Valjoux 23 ou 72. En revanche, nous ne nous posons que rarement la question de pourquoi la montre nous obsède-t-elle ?


Beaucoup pensent que la réponse à cette question réside dans le fait que la montre a, pendant longtemps, été le seul bijou socialement accepté pour homme. L'argument de l'investissement est également recevable mais je reste persuadé que quelque chose d'autre se passe quand on porte une montre.


La relation entre le temps et la montre est pour moi l'aspect central qui fait de la montre un objet attractif et désirable.


Le temps, ou comment définir l'indéfinissable ?


Persistance de la mémoire, Salvador Dali

Si l'adage populaire "le temps c'est de l'argent" se concentre généralement sur l'importance du temps comme moyen de générer des plus values, comme espace permettant le travail et la création de valeur, il s'agit à mon sens d'une mauvaise lecture.


Cet adage ne doit pas être lu dans le sens "le temps permet de créer de la valeur" mais plutôt dans le sens "le temps est une valeur, comme l'argent". J'irais même jusqu'à dire que le temps est LA principale valeur car il est unilatéral et qu'il ne permet aucun retour en arrière. Ainsi, le temps perdu ne sera jamais rattrapé. Le temps est la mesure de la vie, notre temps est compté et peu importe le contenu de la vie, il ne sera pas extensible (sauf si nous prenons en compte les progrès médicaux). L'argent peut, quant à lui, être gagné, dépensé, accumulé mais il ne permettra jamais d'étendre la valeur étalon qu'est le temps.


En d'autres terme, la richesse temporelle surpasse de loin la richesse pécuniaire et est la mesure de toute chose.


Définir le temps est une chose complexe voire impossible. Si, au sens commun et dans la vie de tous les jours, le temps peut être définit par une échelle de mesure permettant de mesurer les instants successifs, aucune règle scientifique, philosophique ou physique ne permet de définir de manière immuable et incontestable le temps.


Si aucune définition ne s'impose quand nous parlons du temps, c'est bel et bien qu'il s'agit d'un sujet complexe.


En physique, le temps n'est pas définit mais les physiciens s'attèlent depuis des décennies et des siècles à le mesurer de la meilleure façon possible.


En philosophie, le temps a été instrumentalisé et étudié de différentes façons afin de mettre en avant des idéologies aux visées très différentes. D'un côté du spectre nous avons les épicuriens et les libertins qui, sous prétexte de course contre la montre contre le temps qui n'attend pas, expliquent l'importance de profiter de chaque instant. De l'autre côté, nous avons les religieux qui nient la durée rationnelle de la vie humaine et proposent un idéal ascétique qui consiste à se priver afin de bénéficier d'une vie plus prospère après la vie. D'un temps infini après le temps fini sous réserve de "bonne conduite".


Finalement, la meilleure preuve que le temps est la mesure de toute chose réside certainement dans son impossibilité à être définit. Car qu'est-ce qu'une définition si ce n'est la reformulation d'un concept en utilisant des termes proches de ce concept ? Si le temps ne peut être définit c'est parce qu'aucun terme ne se rapproche du temps. Le temps ne dérive d'aucun concept voisin, il est l'élément majeur duquel tout découle.


Le temps a, de tous temps, passionné les physiciens, philosophes et penseurs. Il semble être la valeur absolue. Impossible à définir, il est en tout cas mesurable.


La montre : outil de mesure du temps ?


Rolex Oyster Perpetual Date 15000, 1983

Si le temps mériterait une oeuvre complète, l'histoire de la mesure du temps mériterait au moins un ouvrage majeur. Clepsydre égyptienne, Obélisque, Astrolabe, Cadran Solaire, Sablier, Cadran d'Helvetius... chaque époque de l'histoire humaine a connu ses instruments de mesure du temps.


Concentrons-nous sur le XXème siècle, le plus proche de nous. Ce siècle a vu l'avènement de la montre-bracelet et sa popularisation à tous les niveaux de la société. La montre est-elle un outil de mesure du temps ?


L'outil est ce qui permet de faire un travail. La montre ayant pour vocation d'afficher l'instant dans une échelle de temps préalablement établie (format 60 sec / min, 60 min / H, 24H / jour, 30 jours / mois, 12 mois / an...), elle fait donc bien ce travail d'affichage. La montre est donc l'outil d'affichage du temps.


Nous le savons bien, les montres n'affichent pas seulement le temps présent, elles peuvent avoir d'autres fonctions grâce aux fameuses complications. Ainsi, un chronographe peut mesurer les courts instants, les durées. Une montre chronographe peut donc mesurer des durées et est un outil de mesure des temps.


Parler de mesure du temps semble donc compliqué car même un quantième perpétuel ne permettra "que" de positionner l'instant dans une longue durée mais en aucun cas de "mesurer le temps". Il semble d'ailleurs impossible de mesurer un concept.


La montre est donc un outil permettant de mesurer et d'afficher des modalités du concept temps (des durées, des phases de la lune...), pas un outil de mesure du temps.


La montre : témoin du temps ?


Record Dirty Dozen, 1945

La montre est donc un outil permettant de mesurer et d'afficher des durées, pas un outil de mesure du temps. Outre cet aspect utilitaire de la "toolwatch", n'y aurait-il pas d'autres aspects intéressants dans la relation montre-temps ?


La montre témoigne du temps qui passe, de la progression des instants successifs dans un plus grand ensemble (journée, semaine, mois, année, décennie...). Au même titre qu'un observateur externe, qu'un témoin, une montre donne une information objective. En ce sens elle témoigne de l'évolution du temps.


Outre cet aspect intrinsèque et objectif de témoignage du temps qui passe via l'affichage, la montre témoigne du temps qui passe subjectivement par sa nature d'objet inscrit dans une temporalité. Une montre a été pensée, dessinée, produite et commercialisée sur quelques années. Le dessin de la boîte, des aiguilles, des indexes, les matériaux utilisés, la taille de la montre, l'évolution dans le temps de sa construction, tous ces éléments sont propres à des décennies.


J'en parlais dans mes précédents articles, une montre des années 30 est très différente d'une montre des années 60 ou 70. Une montre représente donc une époque comme tout outil dessiné par l'homme. Le designer derrière la pièce représente une temporalité (Gérald Genta) dans le meilleur des cas, sinon il la subit. Preuve de plus que le temps est la mesure de toute chose.


Ainsi, une montre vintage aujourd'hui est un témoin d'une période révolue. Une Record Dirty Dozen est un témoin de la seconde guerre mondiale sanglante, une Royal Oak Jumbo est un témoin des années 70 et du renouveau du design horloger. Cela va du design jusqu'aux matériaux utilisés en passant par l'évolution dans le temps de l'attractivité de la montre.


La montre étant le seul objet à présenter ce double témoignage à la fois objectif (affichage) et subjectif (inscription dans une période définie), elle est de fait le parfait témoin du temps qui passe.


La montre : un leurre magnifique ?


Omega Speedmaster Mark II, 1971

Outil de mesure et d'affichage des durées, témoin du temps, la montre semble être un objet formidable que tout le monde devrait posséder absolument. Qu'en est-il réellement ?


Le premier problème posé par la montre réside dans l'affirmation selon laquelle elle permettait de mesurer des durées de manière fidèle. Deux problème derrière cette affirmation.


Le premier problème est le suivant : à partir de quel moment une mesure est-elle fidèle ? On le sait depuis la naissance de l'horloge atomique (qui fonctionne grâce à la fréquence du rayonnement électromagnétique des électrons), les montres mécaniques sont très peu précises. Selon le COSC qui certifie la précision des montres mécaniques suisses, une montre est qualifiée de chronomètre et est donc précise à partir du moment où elle gagne ou perd (en moyenne) moins de 5 secondes par jour.


Concernant les montre à quartz, la précision est accrue en raison du caractère homogène de l'oscillation du quartz. Ainsi, une montre à quartz ne gagnera ou perdra pas plus d'un ou deux dixièmes de secondes par jour.


Qualifier une montre, mécanique a fortiori, d'outil de mesure fidèle des durées est donc faux. Une montre est peu précise et il est commun que des montres vintage mécaniques perdent ou gagnent 15 ou 20 secondes par jour. De plus, afin de limiter ces écarts, un entretien régulier est nécessaire.


En plus de cet aspect purement factuel de manque de précision, un second élément plus global (et qui engendre certainement le premier) perturbe la fiabilité de la mesure des durées qu'une montre peut proposer : la spatialisation.


En effet, une durée découle du temps qui est une dimension conceptuelle non palpable. Problème : afin de mesurer des durées qui découle du temps, on utilise l'espace. Ainsi, les aiguilles physiques de la montre bougent dans l'espace pour afficher des durées qui sont hors de l'espace.


Les horlogers ont donc traduit dans l'espace pour permettre la lisibilité mais les contraintes physiques spatiales (frottements, magnétisme, gravité...) limitent la précision des montres.


Enfin, en physique, l'affirmation d'uniformité du temps est ébranlée par la théorie de la relativité générale. Sans entrer dans le détail d'une théorie géniale mais extrêmement complexe, voici la principale implication de cette théorie sur le temps : la gravité influe sur le temps.


Par ailleurs, le temps étant impossible à définir et complexe à étudier, les physiciens ne peuvent pas affirmer que le temps est uniforme et unilatéral. La science-fiction s'est infiltrée dans la brèche et, dans Interstellar par exemple, vous avez pu voir un changement d'espace-temps romancé mais basée sur des éléments théoriques forts.


Le temps (et les concepts secondaires qui en dérivent) ne peut donc être spatialisé et n'est pas nécessairement un fleuve continu. Ainsi, la montre qui spatialise et part du postulat que le temps est uniforme semble être un leurre, un leurre magnifique et attachant mais un leurre tout de même.


Montres : inutiles et donc nécessaires ?


Omega Speedmaster 145.012

La relation de la montre au temps est donc elle-même relativement complexe. La montre est un outil de mesure et d'affichage des durées (concept dérivé du temps), elle témoigne pleinement du temps qui passe mais d'une manière imparfaite car profondément inscrite dans l'espace.


La montre ne mesure pas les durées de la manière la plus précise qui soit, nos smartphones et la fameuse horloge atomique sont plus efficaces. Que reste-t-il donc ? Un objet agréable à regarder mais qui ne sert à rien ?


Au même titre que l'art, l'horlogerie aujourd'hui ne sert à rien si l'on se positionne en tant que cartésien purement rationnel. Cependant, la montre mécanique vintage permet de véhiculer un message : "je ne souhaite pas porter de montre montre contemporaine car je trouve le vintage plus esthétique, le vintage présente un charme impossible à reproduire et témoigne d'un temps glorieux passé". La montre à quartz véhicule un autre message : "je ne souhaite pas dépenser une fortune pour une belle montre mais l'objet me plaît et je souhaite habiller mon poignet".


Ces deux exemples sont un peu triviaux et simples mais ils ne sont que le haut de l'iceberg. Une montre permet de véhiculer un message, est une extension de la personnalité et une hymne à la singularité. Là où la froideur d'un smartphone ne créé rien d'autre qu'une uniformisation généralisée, la montre raconte une histoire et sépare l'unité de la foule.


Par ailleurs, même si la montre est par essence imparfaite et peu précise, elle témoigne tout de même du temps qui passe de la plus belle façon, en se patinant. Et si, finalement, vieillir en se bonifiant n'était pas la meilleure façon de témoigner de la toute puissance du temps ?