Omega Genève "Cross Hair" : une Omega (trop) souvent ignorée

Mis à jour : 29 août 2018




"L'art n'a nul besoin de hiérarchie", Pierre-Paul Marchini


Peut-on partir du principe que l'horlogerie suisse est un art et qu'aucune hiérarchie ne peut donc y être instaurée ? Ce postulat paraît compliqué à défendre car ce savoir-faire suisse est plus communément considéré comme un artisanat séculaire que comme un art à part entière.


En effet, l'artisanat est perçu comme un esthétisme qui sert une fonction alors que l'art est esthétique en lui-même, sans fonction associée. L'horlogerie serait donc un artisanat plus qu'un art.


En revanche, en raison de leur proximité avec la physique et la philosophie, la science de la mesure du temps et sa déclinaison concrète l'horlogerie ont souvent été pratiqués par de grands penseurs et artistes. Savez-vous par exemple que parmi les horlogers les plus célèbres se trouvaient Copernic, Galilée, Lépine ou encore Beaumarchais.


Si l'on considère qu'aujourd'hui, l'heure est omniprésente sur différents supports : écrans de téléphones, écrans d'ordinateurs, télévisions, électroménager, etc... . Alors, l'horlogerie n'a plus de fonction en soi car elle n'est qu'un moyen de plus d'obtenir une information présente tout autour de nous.


Enlevez donc la fonction à l'esthétisme et vous obtenez la beauté pour la beauté, l'art pour l'art. L'horlogerie peut donc être considéré comme un art à part entière au XXI ème siècle. Nous recherchons toujours la précision et la beauté à l'heure de l'horloge atomique.


L'art ne supporte aucun besoin de hiérarchie car chaque oeuvre est singulière et unique, il en va de même pour l'horlogerie, la vraie. Je ne parle évidemment pas ici d'une production hyper industrialisée (dé)localisée en Chine de type Daniel Wellington, je parle d'horlogerie de pointe et/ou vintage.


Manifeste anti-hiérarchisation : l'exemple Omega Genève


Omega est l'une des plus grandes et prestigieuses manufactures horlogères suisses, c'est une évidence. Créée en 1848, la firme Biennoise a su traverser les époques et les tumultes pour se positionner aujourd'hui en concurrent de Rolex, son éternel rival Genevois.


Malgré ce pedigree prestigieux, les différentes collections de la maison Omega ne connaissent pas toutes le même engouement et le même intérêt de la part des collectionneurs.


Historiquement, les montres "simples" de type 3 aiguilles (heure, minute, seconde) avec ou sans date sont réparties dans 4 collections chez Omega. Si nous essayons de les classer par prestige ou désidérabilité sur le marché, voici ces 4 collections : Genève, De Ville, Seamaster et Constellation. Cette dernière étant la plus prestigieuse.


Publicité vintage Omega Seamaster Calendar

Bien entendu, cette proposition de classification est perfectible et peut être critiquée. Certains diront qu'il est préférable de posséder une Genève qu'une De Ville, qu'une Seamaster n'est pas systématiquement inférieure techniquement à une Constellation, etc... . Par ailleurs, la complexité des décisions prises par Omega et la multiplicité des modèles font que certaines montres étaient des Seamaster De Ville, il y a eu également des Seamaster en or avec calibre COSC plus prestigieuses que des Constellation en acier.


Vous l'aurez compris, ma proposition de classification n'est pas irréprochable mais elle traduit un positionnement que les amateurs de la maison Omega véhiculent aujourd'hui. Les De Ville et Genève ont donc souvent été les collections d'entrée de gamme, d'accès à la maison Omega. Les collections Seamaster et Constellation étaient quant à elles les plus prestigieuses. C'est aujourd'hui cette classification qui est la plus communément acceptée dans l'univers des montres vintage.


En revanche, cette hiérarchie est très contestable, l'exemple de l'Omega Genève le prouve.


La collection Genève a été lancée dans les années 1950 par Omega dans le cadre de la structuration de sa gamme après la guerre. D'ailleurs, parallèlement à ce lancement, la marque de Bienne lancera la Constellation en 1952.


A l'origine, l'Omega Genève est une montre prestigieuse qui arbore parfois la célèbre cross hair, nous y reviendrons. Au cours des années 50 et 60, la collection Genève va connaître différentes déclinaisons (date/sans date; acier/or; cross hair/cadran simple; petite seconde/seconde centrale; automatique/remontage manuel). L'idée étant toujours la même : faire vivre ces montres avec des calibres prestigieux et fiables, faire de ces pièces un concentré de l'ADN Omega.


Les premières Omega Genève étaient donc bien plus que de simples faire-valoir et de vulgaires "entrée de gamme". Mais pourquoi alors cette gamme est-elle considérée aujourd'hui comme un produit d'appel lorsque l'on parle de montres vintage chez Omega ?


Le virage des années 70


Tout va changer dans les années 70. La crise du quartz menaçant, Omega va opérer un changement stratégique.


Replaçons les événements dans leur contexte. A l'époque, Seiko arrive en Europe en proposant des montres à quartz (à pile) qui fonctionnent à merveille. Ces pièces sont plus précises que les montres suisses, elles sont plus innovantes et beaucoup moins onéreuses. Cette arrivée massive de pièces en provenance du Japon va entraîner une perte importante de parts de marché des maisons suisses. Beaucoup de firmes ne s'en relèveront jamais.


Omega décide donc de proposer une gamme moins prestigieuse, plus jeune et accessible. Au lieu de repartir de zéro et de créer une nouvelle collection, la gamme Genève va être repositionnée afin de devenir une gamme accessible.


Ainsi, la Genève Dynamic est lancée dans les années 70, cette montre aujourd'hui mythique a choqué par la forme elliptique de sa boîte. Nous sommes bien loin des débuts de la Genève et de son style classique élégant. Outre ce modèle, Omega va lancer de nombreuses 3 aiguilles simples au sein de la collection Genève. Ces pièces au design plus épuré et moderne seront mises en vente entre 50$ et 150$, accessible donc.


Publicité vintage Omega Genève Dynamic

Depuis ce virage des années 70, la collection Genève a perdu de sa superbe et est devenu un véritable produit d'appel moins abouti techniquement et esthétiquement. La collection a été abandonnée à la fin des années 1980.


Omega Genève 14724 : une pièce pleine de charme




Vous l'aurez compris, la gamme Genève a connu des hauts (années 50-60) et des bas (années 70-80). Aujourd'hui nous ne retenons que les années les moins valorisantes. Je vous présente ici un contre-exemple parfait : la référence 14724.


Créée au début des années 60 (1961), cette pièce présente un diamètre contenu mais agréable pour l'époque : 35 mm. Le plexyglass apporte un vrai charme vintage. Le cadran est intéressant à plusieurs titres. Premièrement, l'extrémité du cadran est à un niveau inférieur par rapport au centre du cadran (step dial) et le traitement est différent. Alors que l'extrémité est brossée de manière circulaire, le centre du cadran présente un brossage dit "soleillé". Deuxièmement, le cadran arbore un joli cross hair : une croix le traverse de bout en bout (un trait de midi à 6h et un trait de 3h à 9h). Cette spécificité était synonyme de précision, c'est pour cela que l'on retrouvait principalement le cross hair sur la collection Constellation. Enfin, la typologie en italique du Genève est propre aux années 50/60.



Par ailleurs, bien que la boîte soit en acier inoxydable, les index, le logo appliqué et les aiguilles dauphines sont couleur or jaune ce qui apporte une touche d'élégance et de raffinement en plus à cette pièce.


Ajoutez à cela la patine du temps sur une pièce qui a aujourd'hui plus de 55 ans et vous obtenez une très belle Omega vintage rare et prestigieuse même si elle se prénomme Genève.


Et le calibre dans tout ça ? Cette Genève est équipée d'un mouvement à remontage manuel, le calibre 610. Produit entre les années 1960 et 1963, le 610 a équipé des Genève mais également des Seamaster, il est fiable et très bien fini. Il s'agit là d'un beau calibre Omega qui, bien révisé, vous assurera de nombreuses années de bons et loyaux services.



Pourquoi il ne faut pas oublier ces références là ?


Trop souvent dénigrées parce que pas assez prestigieuses, les Omega Genève des années 50 à 60 ont pourtant de très nombreux atouts à faire valoir. Elles sont élégantes, discrètes et affichent les codes de collections plus prestigieuses comme les Seamaster ou Constellation.


Elles étaient, elles même, des références durant cette période et souffrent malheureusement de la mauvaise réputation des Genève des années 70 et 80.


Là où la mode et les envies horlogères ne sont pas, vous trouverez potentiellement des affaires. En effet, si vous n'avez pas 2000€ à investir dans une belle Omega Constellation Cross Hair Pie Pan, vous pouvez trouver votre bonheur pour 3 fois moins cher avec une belle Genève.


Certes, la valeur de votre nouvelle acquisition ne va pas forcément exploser au fil des années mais vous posséderez une pièce pleine de charme, une vraie Omega vintage.


Au même titre que sur le marché des voitures de collection, les montres vintage répondent à une logique de cote qui dépend de l'affection pour le modèle en question à un instant T. Si on utilise le parallèle avec Porsche par exemple, la 911 type 996 a longtemps été considérée par les amateurs de cette marque de "sous-911" en raison de ses feux avant atypiques trop éloignés du dessin originel. Aujourd'hui, ce modèle revient à la mode et sa cote augmente rapidement.


Qui sait ? Peut être qu'une prise de conscience collective va avoir lieu et que les Omega Genève des années 50-60 vont enfin avoir le succès qu'elles méritent. C'est tout ce que je leur souhaite en tout cas.


Si vous souhaitez acquérir une pièce telle que la 14724, comptez environ 600/700€ auprès d'un particulier, 900/1 000€ auprès d'un professionnel.


Hiérarchie ? Never mind


La Hiérarchie ne rend pas toujours justice aux différentes collections horlogères. Certes, elle permet de s'y retrouver dans le vaste univers des montres vintage, elle sert de repère et de point d'ancrage. Mais à trop regarder le nom apposé sur le cadran, on oublie de regarder la montre, le contexte dans lequel elle a été produit et ses spécificités.


Oui, la gamme Genève n'est pas la plus prestigieuse d'Omega. Non, les néo fans de Hublot ne se retourneront pas en voyant ce que vous portez au poignet. Est-ce vraiment important ? Oubliez un instant les collections et concentrez-vous sur la montre. Vous verrez qu'une Genève peut être plus attirante qu'une Seamaster.


Après tout, qu'est ce que l'art si ce n'est l'émotion qu'il nous procure ?


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