Record WWW : un premier pas idéal dans la Dirty Dozen



"Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre", Winston Churchill.


Churchill, heures sombres : vous l'aurez compris, cet article traite de la seconde guerre mondiale. Nous sommes au début des années 40, les combats font rage et l'Allemagne d'Hitler, particulièrement belliqueuse, menace l'Europe occidentale. La bataille d'Angleterre (juillet 40 à mai 41) a permis à la Grande Bretagne de repousser les attaques allemandes alors que jusqu'ici, la Luftwaffe terrorisait le peuple britannique. Le MOD (comprenez Ministry Of Defense) de la Grande-Bretagne, déterminée à combattre l'Allemagne, investit énormément tant en moyens humains que financiers et matériels.


Wrist Watch Waterproof


Bottes, uniforme, munitions, ces équipements obligatoires pour le soldat nous sont familiers grâce aux images d'archives, aux musées ou bien encore aux différents films qui ont été produits sur le sujet de la WW II.


Il est un équipement militaire que le grand public connaît moins et qui, pourtant, est d'une importance majeure pour les combattants de la ligne de front : la montre. Cet outil (ou toolwatch) permettait de coordonner les différents corps de l'armée afin d'appliquer des stratégies et des plans militaires.


Pour équiper un contingent de taille très importante, le MOD a rédigé un cahier des charges simple afin que des maisons d'horlogerie reconnues (suisses, donc) puissent y répondre. L'idée était de fournir aux hommes sur le terrain des montres robustes, étanches et lisibles. Ces montres devaient être frappées, en plus de leur numéro de série militaire et civil, du sigle WWW, pour Wrist Watch Waterproof (montre de poignet étanche). Détail important : 150 000 montres devaient être produites et livrées avant la fin de l'année 1945.


12 maisons ont répondu à cet appel d'offre. Parmi elles, certaines étaient très réputées et renommées, comme Jaeger-LeCoultre, Omega, Longines, IWC. Les 8 autres étaient en revanche moins connues ou simplement moins prestigieuses : Buren, Cyma, Eterna, Grana, Lemania, Record, Timor, Vertex.



Répondant toutes au même cahier des charges, le design de ces pièces est donc très proche, même si quelques détails permettent de les différencier entre elles. Par exemple, les aiguilles de la Jaeger-LeCoultre et la Longines sont des aiguilles "cathédrale", le boitier de la Longines est "stepcase", la Cyma possède un boitier de 38 mm en acier avec double traitement de la lunette (poli/brossé).


Les similitudes sont bien plus frappantes que les différences. Le cadran noir et les index chiffres blanc permettent une grande lisibilité, les aiguilles et points de radium illuminent le cadran dans la pénombre alors que le remontage manuel et la simplicité du calibre garantissent une grande robustesse et fiabilité.


12 montres, 12 destins


Malgré une homogénéité esthétique, il y a tout de même parmi ces 12 pièces des "chouchous", des "valeurs montantes" et des "têtes de Turcs". Outre les légères différences visuelles, la rareté des différentes pièces explique une cote plus ou moins élevée.


145 000 montres ont été produites. La logique voudrait que chaque marque fournisse un douzième de cette production, à savoir environ 12 000 montres. Dans les faits, la répartition de la production n'a pas été si rationnelle et mathématique. En raison de difficultés économiques, de capacités de production différentes et de ressources internes plus ou moins flexibles, la répartition a été la suivante :

Certaines marques, comme Cyma, Omega et Record, aux ressources et capacités de production importantes, ont fourni plus de 20 000 pièces.


Au contraire, Eterna, IWC ou encore Grana n'ont pas pu fournir plus de 5 000 pièces chacune. Concernant cette dernière maison, il est difficile de savoir exactement combien de pièces ont été produites mais le chiffre correct semble tourner autour de 1 500 à 2 000 montres. De fait, la Grana, étant de loin la plus rare, est aujourd'hui la plus difficile à trouver en bon état et donc la plus chère.


La Longines, qui a également été relativement peu produite, est très prisée en raison de sa rareté mais également grâce à des éléments esthétiques marquants, comme sa boîte "stepcase" en 38 mm et ses aiguilles "cathédrale".


La Cyma est, quant à elle, une valeur montante de la Dirty Dozen en raison de sa boîte en acier (au lieu du laiton chromé, plus fragile) de 38 mm, une taille appréciable pour notre époque.


Ces montres ont été conçues comme des "toolwatches" solides, populaires et utilitaires. Le contraire, donc, d'une pièce d'horlogerie bourgeoise. Pourtant, depuis 5 ans environ, toutes ces montres connaissent une hausse exponentielle de leur valeur. Ainsi, la Cyma, qui cotait 300-400€ en 2013, s'échange aujourd'hui à environ 2 000€. L'exemple de la Grana est encore plus frappant : sa cote a été multipliée par 3 en 5 ans (de 3 000 à 9 000€).


Les douze déclinaisons sont donc devenues des investissements, des pièces à conserver dans le meilleur état possible afin d'optimiser une plus-value espérée. C'est l'exact contraire de ce pourquoi ces montres ont été créées à l'origine.


La Record, une très belle entrée en matière


Boîte de 35mm avec pompes fixes

Record WWW cadran laqué noir

Fond de boîte WWW avec numéros de série civils et militaires

Calibre 022K Record

S'offrir une montre de la Dirty Dozen vous coûtera aujourd'hui entre 1 000 (Vertex, Timor, Record) et presque 10 000€ (Grana). Vous l'aurez compris, la Record n'est pas la plus cotée ni la plus recherchée de la famille. Elle est pourtant intéressante à plusieurs égards.


La Record est un concentré de l'esprit Dirty Dozen dans une boîte en 35 mm. Cadran noir laqué, chemin de fer sur le cadran et dans la petite seconde à 6h, logo simple et efficace, robustesse à toute épreuve, calibre 022K Record très bien fini (certainement le plus beau calibre de cette maison) et ultra résistant.


Les pompes fixes (montre militaire oblige) ne permettent pas de porter tout type de bracelet. En effet, ce système empêche de libérer la pompe afin de monter la boite sur un bracelet cuir ou métal. Heureusement, l'offre pléthorique de bracelets NATOs et perlons permet aujourd'hui de changer régulièrement de style tout en étant cohérent avec les origines de cette pièce. Pour rappel, le NATO est un bracelet militaire en nylon créé sur demande du MOD par l'OTAN (NATO en anglais, CQFD).


La Record est pour moi la meilleure alternative lorsque l'on cherche à acheter sa première Dirty Dozen. Elle est encore relativement accessible et peut être portée tous les jours en tant que "toolwatch". Alors que la Grana, la Longines ou la Jaeger-Lecoultre vous donneront des sueurs froides lorsque vous croiserez un caddie de supermarché ou bien une poignée de porte en acier, la Record vous permettra de porter un morceau d'histoire sans craindre que sa valeur soit impactée au moindre choc.


Achat & investissement


Pour les collectionneurs-investisseurs qui souhaitent porter leurs montres tout en gagnant de l'argent, rassurez-vous. En 2013, une Record se monnayait aux alentours des 300€, 5 fois moins qu'aujourd'hui. Même si la Record n'atteindra certainement jamais la côte très élevée de la Grana, elle devrait logiquement continuer de prendre de la valeur. En effet, la genèse de la Dirty Dozen étant de plus en plus partagée, la demande augmente pour ces pièces chargées d'histoire.


En parallèle, l'offre ne devrait pas augmenter puisque, par définition, la production d'origine était limitée à 25 000 pièces. Il est même fort possible que l'offre diminue car des pièces vont se perdre dans des tiroirs poussiéreux, ne vont pas être entretenues et vont naturellement subir les ravages du temps.


Ces facteurs expliquent l'évolution du prix sur les 5 dernières années et laissent penser que la barre des 2 000€ sera probablement dépassée en 2019 ou 2020.




Pour conclure


Cette Record représente l'équilibre parfait entre "portabilité", histoire et investissement. Une pièce populaire qui gagne à être connue et portée car à chaque fois que vous regarderez votre montre, vous penserez désormais au soldat qui l'avait au poignet plus de soixante-dix ans auparavant.


Si vous souhaitez en acquérir une, je vous conseille deux vendeurs londoniens (à la fin de cet article). Ces montres ayant été créées pour les soldats britanniques, un volume (relativement) important des pièces de la Dirty Dozen est encore physiquement présent en Grande-Bretagne.


Enfin, si vous n'avez pas envie d'attendre et de chiner ces pièces une par une, vous pouvez toujours acheter la Dirty Dozen au complet. En revanche, il va vous falloir de la chance (il est extrêmement rare de trouver un set complet en vente) et un budget confortable : entre 50 000 et 80 000€. Bien souvent, le propriétaire du set a passé de nombreuses années à rassembler ces 12 pièces mythiques. "Time is money, right?".


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Good Dealers :


Antique Watch Co : http://www.antiquewatchcoltd.com/product/33

Austin Kaye : https://www.austinkaye.co.uk/military


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Key Words

Rolex, Omega, Jaeger-Lecoultre, Tudor, Breitling, Zenith, Longines, Patek Philippe, Vacheron Constantin, Audemars Piguet, Baume & Mercier, Chronographe Suisse, Universal Genève, Nivada, Auricoste, Triton, Cyma, Montres Vintage, Montres Anciennes, Montres Militaires, Montres Occasion, Vintage, Collection, Collectionneur, Histoire, Montres Historiques, Landeron, Venus, Valjoux, Gerald Genta, Horlogerie, Horloger, Suisse, Bracelet Montre, CHI, Compulsion Horlogère, Hans Wilsdorf, Lemania, Tool Watch, Toolwatch, Wristshot, Lip, Yema, Dirty Dozen, RAF, MOD, British Military, Omega Seamaster, Omega Speedmaster, Moonwatch, First Watch On The Moon, Omega Railmaster, Omega Ultraman, Rolex Datejust, Rolex Daytona, Rolex Submariner, Rolex GMT Master, Rolex Pepsi, Rolex Coke, Rolex Vintage, Oysterquartz, Oysterperpetual, Quartz, Royal Oak, Nautilus, Calatrava, 1675, 5513, 5512, 40s, 50s, 60s, 70s, 80s, 90s, Montres Neo Retro, Neo Retro, Seiko, Swatch, Sablier, Sablier-Watches