Wittnauer Military : le rêve américain

Mis à jour : 27 nov. 2018


Wittnauer Military 1940s

"On l’appelle rêve américain parce qu’il faut être endormi pour y croire" George Carlin.


Rassurez-vous, nous n'allons pas, ici, parler politique ou économie. Nous n'allons pas non plus faire le bilan des années Obama ou du début de mandat de l'administration Trump. Désolé.


L'idée de ce sujet est de prendre conscience que le rêve (horloger) peut parfois se trouver hors des frontières suisses, allemandes ou françaises, là où on ne l'attend pas forcément. S'il est commun de présenter le Japon comme l'autre pays de l'horlogerie, les Etats-Unis restent bien souvent les grands oubliés du débat.


Pourtant, que ce soit Bulova, Hamilton ou encore Wittnauer, les maisons américaines ont de sérieux arguments à faire valoir. Concentrons nous aujourd'hui sur Wittnauer, une manufacture à l'histoire singulière et prestigieuse. De là à parler de rêve américain ?


Wittnauer, qui es-tu ?


Albert Wittnauer Portrait

L'histoire de Wittnauer est un exemple historique de rêve américain, c'est l'histoire d'un jeune immigré suisse qui arrive au pays de l'Oncle Sam afin d'aider son beau frère horloger, l'histoire d'Albert Wittnauer qui, à seize ans, quitte sa Suisse natale pour prêter main forte à Eugène Robert dans l'optique de développer son entreprise d'importation de montres suisses aux Etats-Unis (Vacheron Constantin et Jaeger LeCoultre principalement). Nous sommes alors en 1872.


En 1880, grâce aux compétences horlogères d'Eugène et à leur réseau permettant l'acquisition de mouvements suisses, les deux associés créent la première montre Wittnauer. En cette même année, l'entreprise F. Eugene Roberts & Co devient agent Longines pour le marché américain. Cette collaboration va durer plus de 120 ans et débouchera sur un rachat (Longines-Wittnauer) et un partage de composants.


En 1890, l'entreprise sera renommée Wittnauer et Albert pourra réaliser pleinement son rêve : créer une marque de montres suisses accessible et adaptée au marché américain.


Par la suite, en raison de la disparition des trois frères Wittnauer, leur soeur Martha prendra les reines de l'entreprise devenant ainsi la première femme à la tête d'une manufacture horlogère et l'une des premières à diriger une entreprise (tous secteurs confondus). Précurseurs.


Martha Wittnauer s'efforcera de réaliser la vision de son frère en ne négligeant jamais la qualité des montres pour un prix accessible au plus grand nombre. La manufacture produira de très belles pièces entre 1920 et 1970. A partir des années 70, Wittnauer va souffrir, comme beaucoup de maisons horlogères, de la crise du quartz. En suivront plusieurs années de crise et de mauvais résultats et à partir des années 1980, l'entreprise Longines-Wittnauer va rejoindre le groupe SMH (ancien nom du Swatch Group) puis Bulova rachètera Wittnauer à l'aube des années 2000.


Aujourd'hui, Wittnauer n'existe plus même si le nom reste la propriété de Bulova, elle-même propriété du Japonais Citizen Group. Le site internet de cette belle maison est d'ailleurs perpétuellement en maintenance... triste épilogue pour une marque historique.


Le rêve (américain) en plein cauchemar


Great Depression (USA) 1930s

Si les modèles vintage de la marque Wittnauer reviennent aujourd'hui petit à petit sur le devant de la scène, la marque a longtemps souffert d'une image "cheap". Cela peut s'expliquer par le fait qu'Albert et Martha Wittnauer ont toujours prôné l'accessibilité, cet anti-snobisme horloger a été mal compris et à progressivement glissé vers une image peu qualitative.


A cela s'ajoute le partenariat avec Longines. Si aucune preuve historique ne permet d'avancer que Wittnauer était la "sous-marque américaine" de Longines, cette image lui colle tout de même à la peau.


Malgré cette réputation peu glorieuse, Wittnauer a bel et bien été une maison avant-gardiste qui a connu ses plus belle heures de 1926 à 1950 environ. Concrètement, la marque a vécu ses plus beaux moments au moment où les Etats-Unis connaissaient la grande dépression qui a suivi la crise financière de 1929 et au moment où l'Europe s'embrasait et sombrait dans la seconde guerre mondiale. Un rêve économique en plein cauchemar.


A partir de 1926, Wittnauer décide de ne produire que des montres antichoc, anti-magnétique et étanches, la quintessence des toolwatches bien avant la concurrence. La communication de la manufacture américaine ne se privait d'ailleurs pas de mettre en avant ces atouts avec des slogans chocs du type "All-Proofs had been thrown from the Empire State Building" que l'on pourrait traduire par "Nos montres tous-terrains ont été jetées de L'Empire State Building".


Les montres Wittnauer ont ensuite été portées par différents explorateurs des temps modernes dans divers univers hostiles y compris par des militaires sur le terrain. Une maison horlogère importante d'un point de vue historique et qui mérite que l'on se penche dessus sérieusement.


Wittnauer Military 40s, une pépite inconnue


Wittnauer Military 40s

J'ai donc cherché à acquérir une pièce de cette maison et, en pleine chasse, je suis tombé sur cette petite pépite militaire. Une trois aiguille-radium des années 40. Une période où Wittnauer était une maison qui comptait et qui produisait des pièces militaires de qualité, des toolwatches au sens le plus noble du terme. Cette montre est un concentré du Wittnauer de la belle époque.


Mais de quoi parle-t-on exactement ?


Nous avons ici une montre militaire au diamètre contenu. En effet, le boiter "stepcase" en acier ne fait "que" 32mm hors couronne, une taille classique pour une montre produite il y a plus de 70 ans. Ce boitier n'a certainement jamais été poli et est dans un superbe état compte-tenu de l'âge avancé de la montre.


La cadran est typique des montres militaires de l'époque. Nous retrouvons une minuterie "chemin de fer" en périphérie du cadran, des index radium chiffres et batons en alternance. Cette pièce présente également une échelle 24h entre les index et le centre du cadran. A noter que ce garde-temps a certainement été stocké sans être porté pendant un certain temps en raison de la brûlure que le radium a engendré sur le cadran à 11h (exactement la forme de l'aiguille des minutes).


Les aiguilles, d'ailleurs, sont également très intéressantes, il s'agit d'aiguilles "alpha" ou "lance" en acier bleu et remplies de radium, une matière radioactive luminescente très puissante qui était communément appliquée sur les aiguilles et index de montres utilitaires de l'époque (comme expliqué précédemment, le cadran en a ici subit les frais...).


Calibre Wittnauer 11ES

Le coeur de cette pièce est tout aussi beau que son aspect extérieur. Nous avons ici un très beau calibre à remontage manuel : le Wittnauer 11ES. Ce mouvement a été révisé il y a peu et est donc ici en très bel état esthétique et de fonctionnement.


Une pièce historique, donc, produite pendant l'âge d'or de Wittnauer et présentant tout ce qu'on aime dans une montre militaire mécanique des années 40. L'avantage des ces pièces de maisons (trop) peu connues ? La cote.


En effet, ces montres s'échangent pour quelques centaines d'euros. Avouez que posséder une montre qui a plus de 70 ans, qui présente le charme de la patine et de la somme des histoires individuelles des précédents propriétaires pour le prix d'une Tissot neuve est suffisamment rare pour être souligné.


Un (excellent) premier pas dans l'univers des montres militaires




Si le diamètre contenu de cette pièce peut freiner certains collectionneurs, je pense qu'il s'agit du type de pièce que tout passionné devrait posséder. Attention, je n'ai pas d'action chez Bulova, il y a bien d'autres maisons historiques et pertinentes qui ont proposé des pièces similaires, citons par exemple Eterna, Record, Universal Genève ou encore Longines.


Je pense simplement qu'une "petite" (rien de péjoratif ici, simplement une considération stylistique et financière) mais néanmoins très belle toolwatch historique a sa place dans toute collection qui se respecte.


Par ailleurs, il s'agit d'un très bon premier pas dans l'univers des montres militaires en attendant, pourquoi pas, d'envisager s'attaquer à la fameuse "Dirty Dozen" (si cette dernière phrase équivaut à une équation de la théorie des cordes pour vous, relisez l'article de Sablier sur la Record WWW).


Accessible, historique, utilitaire et très agréable à porter, cette pièce vous apportera toute la satisfaction qu'on est en droit d'attendre d'une pièce militaire vieille de plus de 70 ans.


Toutes ces qualités pour un tout petit prix, tout l'ADN d'une manufacture américaine historique accessible à tous, et si, finalement, c'était ça le rêve américain ?


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Référence : Timepiece Chronicle (Histoire de la manufacture) https://www.timepiecechronicle.com/features/2015/5/20/losttotimewittnauer


Si cette pièce vous intéresse :

https://www.sablier-watches.com/online-store

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